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Rav F. Teboul

Rav F. Teboul

Je voudrais tout d’abord remercier mon ami Samy pour tout le travail qu’il effectue au quotidien. Je voudrais aussi vous souhaiter une année de bonheur, de santé, de prospérité et d’évolution dans la Torah. On compte sur vous pour venir encore plus nombreux dans nos synagogues et nous réunir surtout en ces périodes difficiles concernant le peuple juif.

 

Il y a un sujet qui me passionne, c’est celui du libre arbitre. En effet, avons-nous vraiment la possibilité de choisir ? Ou sommes-nous dirigés dans nos actions par un principe supérieur ? Pour Spinoza, le libre arbitre est une totale illusion qui vient du fait que l’homme a conscience de ses actions mais non des causes qui le déterminent à agir. En effet, l’homme n’est pas un « empire dans un empire » mais une partie de la substance infinie qu’il appelle Dieu ou la nature. Cependant, l’homme dispose bien d’une liberté dans la mesure où il comprend avec sa raison pourquoi il agit. Est donc libre celui qui sait qu’il n’a pas de libre arbitre et qu’il agit par la seule nécessité de sa nature, sans être contraint par des causes extérieures qui causent en lui des passions. Pour le Judaïsme, l’homme est seul responsable de ses actions. Dieu lui laisse toute liberté, même celle de s’opposer à la volonté divine, à condition toutefois d’en assumer la transgression.

 

Pourtant, Dieu, créateur de toute chose, est maître de la Création. Transcendant le temps et l’espace, Il a connaissance de l’avenir comme du passé. Quel sens peut-on donc donner à la responsabilité d’une action que Dieu a prévue ? Ce postulat ne semble-t-il pas conférer à la notion de libre arbitre un caractère dérisoire ? La réponse à cette question peut être donnée sous forme de la parabole suivante : si un père demande à son fils de choisir entre une friandise et une gifle, il sait pertinemment que son fils – s’il n’entre pas dans la rare catégorie des masochistes – préférera la friandise. Or, le père, bien que connaissant parfaitement la réaction de son fils, n’a influencé son choix en aucune manière. S’il a su prévoir sa décision, c’est parce que, sur ce point, la nature de son enfant est une évidence pour lui.

 

De même, parce que Dieu est notre créateur, Il connaît les moindres recoins de notre personnalité. Il peut donc prévoir chacun de nos choix parce que ceux-ci sont la résultante des multiples composantes de notre nature dont le fonctionnement complexe entre tout entier dans le champ de l’évidence divine. Mais, a priori, cette évidence n’implique aucunement une quelconque influence de Dieu sur nos actions, de même qu’un homme n’agit pas sur le déroulement d’un récit parce qu’il le lit pour la seconde fois.

 

En effet, si la liberté d’action chez l’homme semble absolue, le choix de préférer la vie à la mort nous est, en vérité, ordonné par Dieu : Tu choisiras. Tout dépend de Dieu à l’exception de la crainte de Dieu (Bérakhote 33). L’homme n’a été créé que pour se complaire en Dieu et jouir de l’éclat de Sa Présence (Rav ‘Haïm Luzzatto, dans son Méssilate Yécharim). Là où l’homme décide d’aller, Dieu l’y conduit. Il rémunère chacun selon ses voies et selon le mérite de ses œuvres (Irmiya 32, 19). Dieu n’impose jamais la liberté aux hommes ; ce sont eux, les hommes à qui incombe la responsabilité de l’accepter et de se l’imposer. Dieu élit ceux mêmes qui choisissent d’agir comme des hommes libres.

Voilà en effet une belle leçon de ce que peut être le libre arbitre face au déterminisme.  J’espère que chacun d’entre nous aura à cœur de remplir sa mission, ce pour quoi il a été créé. Apprendre enfin ses qualités et ses défauts et essayer de se connaître pour faire le meilleur autour de nous. Chana tova !

Franck Teboul
Rabbin régional